Séminaire Socio-philosophie du temps présent

Enjeux épistémologiques, méthodologiques et critiques

sous la direction de Pierre-Antoine Chardel, professeur à l’IMT (Institut Mines-Télécom / Télécom Ecole de Management) et chercheur à l’IIAC, Valérie Charolles, philosophe et économiste, chercheure associée à l’IIAC et de Gabriel Rockhill, professeur à l’Université Villanova (USA) et directeur de l’Atelier d’Etudes Critiques.

Ce séminaire a pour vocation de réfléchir aux conditions de possibilité de l’émergence d’une socio-philosophie du temps présent. Il prendra la démocratie et la technologie comme premiers champs de questionnement pour justifier cette articulation entre philosophie et sociologie. La conviction qui anime cette ambition de délimiter un tel geste, à la fois pratique et théorique, renvoie d’une part au fait que les complexités du monde actuel nous incitent à interroger la manière dont nous pouvons philosophiquement nous en saisir tout en échappant aux tentations de leur mise en système. D’autre part, la plupart des crises auxquelles nous nous heurtons (sur le plan économique, politique ou écologique) nous imposent de réfléchir aux enjeux épistémologiques, éthiques et méthodologiques de nos pratiques théoriques en vue de questionner leurs fondements, leurs présupposés, mais également leur ethnocentrisme sous-jacent.

Nous assumerons dans cette perspective le fait que la philosophie doit, plus que jamais, se pratiquer en se tenant au plus près des affaires humaines, en tissant de la sorte un dialogue aussi riche que possible avec les sciences sociales (la socio-anthropologie, la socio-histoire et la socio-économie plus particulièrement). Il s’agira enfin, dans le cours de nos séances, de nous pencher sur certaines grandes catégories de pensée dont nous avons principalement héritées d’une philosophie dite « gréco-occidentale », en essayant de les analyser à nouveaux frais en vue d’assumer une pratique théorique immanente et plurielle qui puisse s’attacher à forger des cartographies alternatives dans notre compréhension du monde au travers de ses dimensions sociales, technologiques, matérielles et symboliques. Car il y a toujours plusieurs forces à l’œuvre dans ce que l’on désigne par les termes de « société du spectacle », « économie néolibérale »,  « société de l’information », ou de démocratie dite « représentative ». Compte tenu de la pluralité des facteurs qui interviennent dans la construction de nos univers intimes, économiques, sociaux, culturels et symboliques, force est de reconnaître que « le monde contemporain » est constitutivement multidimensionnel, porté par des régimes d’énonciation hétérogènes : il appelle l’élaboration d’une pensée critique du temps présent, qui se confronte au plan épistémologique, méthodologique et éthique à ces différences.

  • Jeudi 16 novembre 2017 : salle 9 (EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris) : intervention de Gabriel Rockhill, Professeur de philosophie à l’Université de Villanova (Etats-Unis) et directeur de l’Atelier d’Etudes Critiques : « Socio-philosophie et contre-histoire du temps présent».

 Lecture conseillée : Gabriel Rockhill, Contre-histoire du temps présent. Interrogations intempestives sur la mondialisation, la technologie, la démocratie, CNRS Editions, 2017. 

  • Jeudi 21 décembre 2017 : salle 9 (EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris) : intervention d’Eric Guichard, Maître de conférences HDR à l’ENSIIB et responsable de l’équipe « Réseaux, Savoirs, territoires » à l’ENS-Ulm : «Appareil critique et digital : appropriation des capacités scribales et modalités d’agir démocratiques »

Lectures conseillées : Eric Guichard, « Ce que l’internet fait à l’écriture » ; « La philosophie des techniques revue à l’aune de l’internet et du numérique ».

  • Jeudi 18 janvier 2018 : salle 8 (EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris) : intervention de Pierre Caye, philosophe, Directeur de recherche au CNRS, directeur du Centre Jean Pépin (UMR 8230, CNRS/ENS) : « Les enjeux juridiques, productifs et techniques du développement durable ».

Lectures conseillées : Pierre Caye, Morale et chaos. Principes d’un agir sans fondement, Paris, Le Cerf, 2008 ; Critique de la destruction créatrice. Humanisme et production, Paris, Les Belles Lettres, 2015.

  • Jeudi 15 février 2018 : salle 9 (EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris) : interventions de Valérie Charolles, philosophe et économiste, chercheure associée au Centre Edgar Morin / IIAC (CNRS / EHESS) : « Quantification, démocratie et liberté» & de Pierre-Antoine Chardel, professeur à l’IMT (Institut Mines-Télécom/ Télécom EM) et chercheur au Centre Edgar Morin / IIAC (UMR 8177, CNRS / EHESS) : « Une approche socio-philosophique de la métamorphose numérique ».

Lectures conseillées : Charolles, Valérie (2013) Philosophie de l’écran. Dans le monde de la caverne. Paris, Fayard.

  • Jeudi 15 mars 2018 : salle 8 (EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris) : interventions de Charleyne Biondi, maître de conférences à Sciences Po (CEVIPOF) / Columbia University (Etats-Unis) : « Les nouvelles pratiques de surveillance et la démocratie » (titre provisoire) et d’Olivier Mongin, philosophe, ancien directeur en chef de la revue Esprit : « L’envers et l’endroit de la mondialisation : conditions urbaines et conditions démocratiques ».

Lecture conseillée : Mongin, Olivier (2013) La ville des flux. L’envers et l’endroit de la mondialisation urbaine. Paris, Fayard.

  • Jeudi 17 mai 2018 : salle AS1_23 (EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris) : interventions de Franck Cormerais, Professeur des Universités Bordeaux-Montaigne, Responsable de l’équipe E3D du MICA, Co-directeur de la revue Études Digitales : « Le  design des  intentions », éléments  pour une  critique de la raison algorithmique » & d’Armen Khatchatourov, ingénieur de recherche à l’IMT (IMT / Télécom EM) : « La volonté et les données. Quel régime de servitude à l’heure des Big Data ?».

Lectures conseillées: Franck Cormerais, dir. (2013), Poétique(s) du numérique. 2,  Montpellier, Editions L’Entretemps ;  Armen Khatchatourov,(2016) Big data entre l’archive et le diagramme, in Etudes Digitales, n°2, Classiques Garnier, Paris.

  • Jeudi 21 juin 2018 : salle 8 (EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris) : Bilan et perspectives de cette première année du séminaire par Pierre-Antoine Chardel, Valérie Charolles et Gabriel Rockhill.

 

 Références bibliographiques :

  • Aristote (1977) Organon VI – Les réfutations sophistiques. Paris, Vrin (disponible également en ligne).
  • Castoriadis, Cornélius (1999) Figures du pensable. Les carrefours du labyrinthe 6. Paris, Seuil.
  • Caye, Pierre (2015) Critique de la destruction créatrice. Humanisme et production.Paris, Les Belles Lettres.
  • Chardel, Pierre-Antoine (2013) Zygmunt Bauman. Les illusions perdues de la modernité, Paris, CNRS Editions.
  • Chardel, Pierre-Antoine, dir. (2014) Politiques sécuritaires et surveillance numérique, Paris, CNRS Editions.
  • Charolles, Valérie (2013) Philosophie de l’écran. Dans le monde de la caverne. Paris, Fayard.
  • Charolles, Valérie (2006) Le libéralisme contre le capitalisme, Paris, Fayard.
  • Cormerais, Franck, dir. (2013), Poétique(s) du numérique. 2, Montpellier, Editions L’Entretemps.
  • Guichard, Eric, dir. (2011) Regards croisés sur l’internet. Villeurbanne, Presses de l’enssib.
  • Mongin, Olivier (2013) La ville des flux. L’envers et l’endroit de la mondialisation urbaine. Paris, Fayard.
  • Morin, Edgar (2017) Connaissance, ignorance, mystère. Paris, Fayard
  • Rockhill, Gabriel (2017) Contre-histoire du temps présent. Considérations intempestives sur la mondialisation, la technologie, la démocratie. Paris, CNRS Editions.
  • Viveiros de Castro, Eduardo (2009) Métaphysiques cannibales. Lignes d’anthropologie post-structurale. Paris, PUF.